Publié, le 03 novembre 2025 par la Rédaction
Libreville le 03 Novembre 2025 ( Chifre Info)- Faute de moyens ou de familles pour les réclamer, trente-deux dépouilles conservées depuis des mois à la morgue de la SAF, La colombe seront bientôt inhumées à titre d’indigents. Une décision aussi douloureuse que nécessaire, qui interroge sur la dignité des morts et la solidarité des vivants.
La Direction générale des pompes funèbres SAF-La Colombe a décidé de frapper un grand coup face à une situation devenue insoutenable. Environ trente-deux corps, abandonnés depuis plusieurs mois dans ses chambres froides, seront prochainement inhumés à titre d’indigents. Une opération exceptionnelle, mais indispensable pour désengorger la morgue et offrir une sépulture décente à ces défunts laissés pour compte.
Selon les responsables de la SAF, ces corps proviennent d’horizons variés : Gabonais, Camerounais, Togolais, Béninois, Nigérians, Ivoiriens, Congolais et même Équatoriens. Tous partagent le même destin tragique : être morts dans le silence, sans famille pour les réclamer, ni moyens pour financer des funérailles.
« Certains dossiers nous restent en travers de la gorge », confie un employé de la société, la voix chargée d’émotion. « Nous faisons tout pour préserver la dignité des défunts, mais quand les familles disparaissent ou n’ont pas les moyens, il faut bien agir. »
Une entreprise sous pression
Déjà éclaboussée il y a quelques mois par une affaire de confusion de dépouilles, la SAF-La Colombe veut cette fois faire preuve d’exemplarité. Sa direction assure que les inhumations seront réalisées dans le strict respect des règles administratives et des rites funéraires. Elle lance toutefois un dernier appel : les familles concernées sont invitées à se manifester avant la mise en terre définitive.
Cette décision, que certains jugent lugubre, révèle une réalité plus profonde et plus cruelle : celle d’une société où la mort coûte trop cher. Entre désintérêt, querelles familiales et difficultés économiques, de nombreuses familles se retrouvent incapables d’organiser des obsèques, laissant leurs proches dans les morgues pendant des mois, parfois des années.
Un miroir de la précarité
Pour beaucoup d’observateurs, cette situation met en lumière un malaise social persistant.
« Ce n’est pas seulement un problème logistique, c’est un drame humain », estime un sociologue local. « La manière dont une société traite ses morts dit beaucoup sur la manière dont elle considère ses vivants. »
Face à ce drame silencieux, la SAF-La Colombe joue, bon gré mal gré, le rôle du pompier de service. En agissant, elle redonne une part de dignité à ceux que la pauvreté et l’oubli ont effacés.
Mais au-delà de la mesure, une question demeure : comment éviter que des hommes et des femmes finissent abandonnés dans la mort, comme s’ils n’avaient jamais existé ?



