Affaire Siffon–Ngari : la justice gabonaise mise en cause.

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Libreville, 27 Décembre 2025 (Chifre.info)

Depuis son arrivée à la tête du pays, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a fait de la lutte contre la corruption et les détournements de fonds publics un axe central de son action. Cette orientation est largement saluée par les Gabonais, éprouvés par plusieurs décennies de mauvaise gouvernance et d’impunité sous les anciens régimes d’Omar et d’Ali Bongo Ondimba.

Après plus de 56 ans de pratiques dénoncées, les attentes sont immenses. Les citoyens espèrent une rupture nette avec le passé et une gouvernance fondée sur la transparence et la justice.

Dix-neuf mois après la transition, des attentes encore fortes

Pourtant, dix-neuf mois après le début de la transition politique et huit mois après l’élection présidentielle du 12 avril 2025, les résultats peinent à convaincre une partie de l’opinion, notamment sur la question sensible de l’égalité devant la justice. Si des dossiers emblématiques ont été ouverts, leur traitement soulève parfois des interrogations sur la cohérence et l’impartialité des procédures judiciaires.

Une justice attendue sur l’égalité et la neutralité

Aux yeux des Gabonais, la justice doit reposer sur trois principes fondamentaux : l’égalité de traitement, la neutralité et l’impartialité. Or, certains événements récents donnent le sentiment d’une application sélective de la loi. L’affaire dite du ministère du Tourisme en est une illustration frappante.

Pascal Michel Ogowe Siffon incarcéré un jour férié

Le 25 décembre 2025, jour férié au Gabon, l’ancien ministre du Tourisme, Pascal Michel Ogowe Siffon, cité dans une affaire présumée de détournement de fonds publics, a été placé sous mandat de dépôt à la prison centrale de Libreville. Sans préjuger de sa culpabilité ou de son innocence, cette détention provisoire intervenue le jour de Noël interroge par son timing. Beaucoup s’étonnent de la précipitation, alors que la procédure aurait pu se poursuivre dès le lendemain, dans un contexte plus ordinaire.

Liliane Ngari, une différence de traitement qui questionne

Dans ce même dossier, le nom de Liliane Ngari, secrétaire générale du ministère du Tourisme, revient également avec insistance. Pourtant, à ce stade, seule l’incarcération de Pascal Michel Ogowe Siffon et de deux de ses proches a été prononcée. Cette différence de traitement alimente les soupçons d’une justice à deux vitesses. Pourquoi certains mis en cause sont-ils rapidement placés en détention, tandis que d’autres, cités dans la même affaire, restent libres de leurs mouvements ?

Une perception de justice à géométrie variable

Pour une partie de l’opinion publique, cet empressement judiciaire donne l’impression d’un acharnement ciblé plutôt que d’une application sereine et uniforme de la loi. Cette perception fragilise la crédibilité de l’institution judiciaire, déjà mise à rude épreuve par le passé. Dans un contexte de transition, chaque décision judiciaire est scrutée et interprétée comme un signal politique fort.

Restaurer la confiance par une justice véritablement aveugle

Le défi est immense. Démanteler un système de corruption enraciné depuis plus d’un demi-siècle nécessite du temps, de la rigueur et du courage politique. Mais pour que la lutte anticorruption soit crédible et durable, la justice doit s’appliquer à tous, sans distinction de rang, d’origine, de fonction ou de proximité avec le pouvoir.

Les Gabonais ne réclament pas l’impunité. Ils exigent simplement que chaque responsable réponde de ses actes devant la même loi, selon les mêmes procédures et dans les mêmes délais.

Un enjeu crucial pour la transition

Sans une égalité réelle devant la justice, le combat contre la corruption risque d’être perçu comme un règlement de comptes politique, plutôt que comme la rupture historique promise avec les pratiques du passé. C’est à cette condition seulement que la transition gagnera la confiance durable du peuple gabonais.

Par le Noeline Joyce

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