Gouvernement Oligui II : Retour des ex-ministres démissionnaires

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LibreLibreville, 4 Janvier 2026 ( Chifre.info)

Une application partielle de l’article 73 de la ConstitutionAlors que l’on s’attendait à une application stricte de l’article 73 de la Constitution — qui avait conduit à la démission de 20 ministres élus au Parlement — le président Brice Clotaire Oligui Nguema a finalement opté pour une autre lecture du texte. À l’occasion de la formation du gouvernement Oligui Nguema II, annoncée ce jeudi, 13 anciens ministres-parlementaires, soit près de 65 % des démissionnaires, ont été rappelés au sein de l’exécutif.

Cette décision marque un net revirement après la démission collective intervenue en 2025, et laisse apparaître que la période d’intérim n’aura été que transitoire, voire symbolique.

Une séparation des pouvoirs mise à l’épreuve

La recomposition gouvernementale du 1er janvier 2026 relance le débat sur la séparation effective des pouvoirs au Gabon. Sur les 20 ministres élus au Parlement — 18 députés le 14 novembre et 2 sénateurs le 16 décembre — seuls 7 demeurent finalement dans les rangs parlementaires. Les 13 autres ont retrouvé leurs fonctions gouvernementales, confirmant la volonté du chef de l’État de s’appuyer sur des profils jugés indispensables à l’action gouvernementale.

Ce choix met en lumière les limites d’un renouvellement profond de l’administration, dans un contexte où la continuité semble avoir prévalu sur la rupture annoncée.

Sept ministres laissés sur le carreau

À l’inverse, sept anciens membres du gouvernement ne figurent pas dans la nouvelle équipe. Désormais installés au Parlement, ils voient s’éloigner la perspective d’un retour à l’exécutif. Une situation qui alimente les interrogations sur les critères ayant présidé aux choix présidentiels.

Sept démissionnaires reconduits à leur poste initial

Parmi les ministres rappelés, plusieurs retrouvent exactement les portefeuilles qu’ils avaient quittés le 14 novembre, preuve de la confiance renouvelée du chef de l’État envers certains cadres du régime.

Ulrich Manfoumbi Manfoumbi demeure en charge des Transports, de la Marine marchande et de la Logistique, avec une promotion au rang de ministre d’État.

Brigitte Onkanowa est reconduite à la Défense nationale, également élevée au rang de ministre d’État.

Camélia Ntoutoume Leclercq conserve le portefeuille de l’Éducation nationale et de l’Instruction civique, avec le même statut.

Continuité assumée dans les ministères opérationnels

La logique de continuité s’étend également aux ministères à forte portée opérationnelle. Philippe Tonangoye est reconduit à l’Accès universel à l’Eau et à l’Énergie, Edgard Moukoumbi demeure aux Travaux publics et à la Construction, Lubin Ntoutoume conserve le portefeuille de l’Industrie et de la Transformation locale, tandis que Zenaba Gninga Chaning reste à la tête du Commerce, avec un périmètre élargi incluant désormais les PME-PMI et l’Entrepreneuriat des jeunes.

Ce bloc de reconductions traduit une orientation claire : malgré les démissions intervenues quelques semaines plus tôt, l’Exécutif fait le choix de préserver la stabilité sur les portefeuilles jugés structurants pour l’action gouvernementale.

Six démissionnaires rappelés, mais repositionnés

D’autres membres du gouvernement ayant démissionné font leur retour, mais à travers des recompositions internes parfois stratégiques.

Ancien vice-président du gouvernement, Hugues Alexandre Barro Chambrier effectue un retour remarqué au sommet de l’État en accédant au poste de vice-président de la République, marquant une évolution institutionnelle majeure.

De son côté, Hermann Immongault, jusque-là ministre de l’Intérieur, est promu vice-président du gouvernement, un mouvement qui redessine l’équilibre du pilotage exécutif.

Les réaménagements concernent également plusieurs départements sectoriels. Sosthène Nguema Nguema quitte le Pétrole et le Gaz pour prendre en charge les Mines et les Ressources géologiques. Mays Mouissi passe de l’Environnement au ministère du Logement, de l’Habitat, de l’Urbanisme et du Cadastre. Armande Longo, épouse Moulengui, précédemment aux Sports, hérite désormais des Affaires sociales, avec la Protection de l’enfance et de la femme.

Maurice Ntossui Allogo conserve son socle des Eaux et Forêts, tout en récupérant l’Environnement et le Climat, élargissant ainsi considérablement son champ de compétences.

Enfin, Laurence Ndong fait son retour au gouvernement, mais change de cap : elle quitte la Mer, la Pêche et l’Économie bleue pour la Fonction publique et le Renforcement des capacités.

Sept démissionnaires définitivement écartés

En revanche, sept anciens ministres démissionnaires ne réintègrent pas le gouvernement formé le 1er janvier 2026. Il s’agit de Régis Onanga Ndiaye (Affaires étrangères), désormais président de l’Assemblée nationale, de Séraphin Akouré Davain (Justice), du Pr Adrien Mougougou (Santé), d’Odette Polo, épouse Pandzou (Agriculture), du Pr Marcel Ibinga, épouse Itsitsa (Fonction publique), ainsi que des deux sénateurs démissionnaires du 16 décembre : Pascal Ogowet Siffon (Tourisme), incarcéré pour corruption, et Élodie Diane Fouefoué-Sandjoh (Femme et Famille).

Ces départs actent une reconfiguration de secteurs jugés sensibles. La diplomatie change de main avec la nomination de Marie-Edith Tassyla-Ye-Doumbeneny aux Affaires étrangères.

La Justice revient à Augustin Emane, la Santé à Elza Ayo, épouse Bivigou, et l’Agriculture à Pacôme Kossy. Les ministères du Tourisme et de la Femme et de la Famille connaissent également de nouveaux titulaires.

À travers ces choix, l’Exécutif privilégie un renouvellement sélectif, combinant continuité stratégique et ajustements ciblés, plutôt qu’une reconduction automatique de l’ensemble des ministres sortants élus.

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