Gabon : quand la presse dérange, on l’accuse d’inciter à la révolte

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Libreville, 23 janvier 2026 – Chiffre.info


La récente réaction des Forces de police nationale (FPN) à la diffusion d’un témoignage d’un de leurs agents par le média Gabon Media Time relance un débat récurrent au Gabon : celui de la place de la presse dans une démocratie encore en construction. Dans son communiqué, l’institution policière reproche au média un manquement à l’éthique journalistique et une violation du Code de la communication, notamment sur le traitement et le découpage de l’information.

Derrière cette mise en cause formelle se dessine une tendance préoccupante : réduire le travail journalistique à une simple quête de “buzz”. Une facilité rhétorique devenue l’arme favorite de ceux que la vérité dérange. Une posture qui en dit long sur le rapport ambigu de certaines institutions et personnalités publiques à la liberté de la presse, pourtant pilier essentiel de toute démocratie.

Le procès du “buzz”, symptôme d’un malaise démocratique

Depuis quelque temps, un discours paresseux mais révélateur s’installe dans les cercles politiques et institutionnels gabonais. Les journalistes seraient devenus de simples “chercheurs de clics”, plus soucieux de visibilité que de rigueur. Une accusation commode pour disqualifier un article dérangeant, une enquête sensible ou un témoignage gênant.


Ce raccourci dangereux traduit moins une critique du journalisme qu’une difficulté à accepter la contradiction. Comme si toute mise en lumière d’un dysfonctionnement était une attaque personnelle. Comme si la presse devait avant tout protéger les institutions plutôt que servir le droit du citoyen à l’information.

Une presse indispensable dans une démocratie fragile

Dans un pays où les institutions sont en reconstruction, où le pluralisme politique s’affermit progressivement et où la transparence reste un chantier ouvert, la presse n’est ni un décor ni un luxe. Elle est un contre-pouvoir, une vigie démocratique, un espace d’alerte citoyenne.

Sans presse libre, il n’y a pas de démocratie réelle, seulement une mise en scène. Réduire ce rôle fondamental à une simple recherche d’audience n’est pas seulement injuste : c’est dangereux. Car délégitimer la presse, c’est affaiblir l’un des rares mécanismes capables de prévenir les dérives, de dénoncer les abus et d’interroger l’action publique.

L’hypocrisie d’une partie de la classe dirigeante

Le paradoxe est frappant. Ceux qui, hier encore, sollicitaient les médias pour relayer leurs luttes, couvrir leurs mobilisations ou amplifier leurs revendications au nom de la transparence, deviennent aujourd’hui les premiers à vilipender la presse dès lors qu’ils accèdent à une parcelle de pouvoir.

La presse, autrefois alliée, devient soudain encombrante. Les journalistes, hier courtisés, sont désormais qualifiés de “vendeurs de clics”. Cette volte-face traduit une hypocrisie politique difficile à dissimuler et révèle une conception opportuniste de la démocratie.

Non, la presse n’est pas un outil de communication

Il convient de rappeler une réalité souvent ignorée : un média est aussi une entreprise. Il emploie des Gabonais, paie des charges, des impôts, assume des coûts et fait vivre des familles. Les journalistes ne sont ni des figurants du jeu politique ni des agents de communication institutionnelle. Ils sont des professionnels, soumis à des règles, à des contraintes, mais aussi à une responsabilité sociale majeure.

La presse en ligne, souvent méprisée, est aujourd’hui l’un des principaux canaux d’accès à l’information pour les citoyens. La discréditer ou l’infantiliser revient à nier les mutations profondes du paysage médiatique et les attentes d’une population de plus en plus connectée.

Le vrai problème : la reddition de comptes

Lorsque des responsables publics s’en prennent à la presse sous couvert de dénoncer le “buzz”, ils parlent moins de journalisme que de leur malaise face à la transparence. Ce n’est pas la presse qui pose problème, mais ce qu’elle révèle. Ce n’est pas l’information qui dérange, mais l’obligation de rendre des comptes.


Respecter la presse, c’est respecter la République. Le Gabon ne progressera pas en intimidant les journalistes ni en discréditant ceux qui informent. On ne construit pas un État moderne en méprisant la liberté d’expression. Et aucune démocratie ne peut s’épanouir tant que la presse est perçue comme un simple gadget politique.

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