Libreville, 4 Février 2026 – Chifre.info
Invité de l’émission Global Africa sur Télésud, l’ancien Premier ministre gabonais Alain-Claude Bilie-By-Nze a livré, le 3 février, une charge sévère contre les autorités du Gabon. Soutien affiché à la grève des enseignants, critique de la concentration du pouvoir, inquiétudes économiques et révélations sur des menaces qu’il dit subir : une prise de parole rare depuis le coup d’État d’août 2023.
Interrogé sur la grève des enseignants, Alain-Claude Bilie-By-Nze a clairement pris position en faveur du mouvement social. Selon lui, les revendications portées par les enseignants sont « légitimes » et anciennes, notamment en ce qui concerne la gestion des carrières. L’ancien chef du gouvernement estime que le risque d’une année blanche relève avant tout de la responsabilité des autorités : « L’année blanche dépend en réalité de la réponse du gouvernement », a-t-il affirmé.
Il pointe un sentiment d’injustice nourri, selon lui, par les choix budgétaires du gouvernement. « Les enseignants ne comprennent pas qu’on ait augmenté le nombre de sénateurs, les salaires des parlementaires ou des généraux, alors que leurs propres revendications restent sans réponse », a-t-il déclaré.
Sur le plan institutionnel, Alain-Claude Bilie-By-Nze ne mâche pas ses mots. Plus de deux ans après la prise de pouvoir des militaires, il qualifie toujours l’événement de « coup d’État » et parle de « trahison » des promesses initiales. Il estime que le gouvernement a conduit à une concentration excessive des pouvoirs entre les mains du chef de l’État, au détriment de l’équilibre institutionnel.
L’ancien Premier ministre évoque également un climat politique tendu. « Moi, on m’appelle au téléphone pour me menacer », a-t-il affirmé, précisant que ces pressions viendraient, selon lui, « de la présidence de la République ». Des déclarations graves, qu’il n’a toutefois pas étayées par des éléments matériels. Sur le plan économique et social, Alain-Claude Bilie-By-Nze dresse un tableau préoccupant. Il évoque une multiplication des crises sectorielles, une hausse du coût de la vie, de nouvelles taxes, ainsi que des coupures récurrentes d’eau et d’électricité. Autant de facteurs qui, selon lui, fragilisent davantage le quotidien des Gabonais.
L’ancien Premier ministre s’inquiète également de l’évolution des finances publiques. Il affirme que la dette, située autour de 55 % du PIB avant le changement de régime, aurait fortement augmenté pour atteindre plus de 70 % aujourd’hui, avec un déficit budgétaire en nette aggravation. Une trajectoire qui, selon lui, pourrait à terme fragiliser l’ensemble de la zone CEMAC.
En conclusion, Alain-Claude Bilie-By-Nze revendique une posture d’opposant assumé. Il dit vouloir construire une alternative politique crédible, estimant que « le peuple n’y croit plus » et que le pouvoir actuelle risque de perdre son soutien populaire si aucune inflexion n’est apportée.



