Libreville, 5 Février 2026 – Chiffre.info
Près de quinze ans après la chute et la mort de Mouammar Kadhafi, tué à Syrte en 2011, la disparition violente de son fils Saïf al-Islam marque un tournant majeur dans l’histoire politique libyenne. Assassiné mardi 2 février à Zintan, dans le nord-ouest du pays, celui qui apparaissait comme le dernier héritier politique du kadhafisme emporte avec lui l’hypothèse d’un retour du clan Kadhafi sur le devant de la scène nationale.
Longtemps perçu par une partie des tribus libyennes — et surtout par son clan — comme un symbole de continuité et de possible réunification, Saïf al-Islam restait une figure singulière dans un paysage politique fragmenté. Aucun autre membre de la famille Kadhafi ne dispose aujourd’hui d’un capital politique, d’une notoriété ou d’une influence comparable, ce qui fragilise durablement toute tentative de résurgence du courant kadhafiste.
Selon plusieurs observateurs, cet assassinat pourrait également avoir des répercussions sur l’équilibre déjà précaire entre les forces rivales en Libye. La disparition d’un acteur perçu comme capable de rassembler au-delà des lignes de fracture traditionnelles « ne serait pas forcément dans l’intérêt du pays », estiment certaines sources proches du dossier libyen.
Pour Virginie Collombier, docteure en sciences politiques et professeure à l’université Luiss Guido Carli de Rome, la mort de Saïf al-Islam profite avant tout à plusieurs acteurs politiques qui voyaient en lui un rival potentiel. « Il incarnait une troisième voie, distincte des deux principaux centres de pouvoir.
Cette perspective inquiétait des responsables politiques soucieux de préserver leur capacité à s’entendre et à se partager le pouvoir ainsi que les ressources », analyse-t-elle. Portant le discours d’une Libye unifiée autour d’un vaste projet de réconciliation nationale, Saïf al-Islam Kadhafi dérangeait autant qu’il séduisait. Son élimination laisse désormais le champ libre aux forces en place, mais elle prive aussi le pays d’une figure susceptible de rebattre les cartes d’un processus politique enlisé.



