Gabon : nourrir d’abord ou bâtir d’abord ? débat bien réels.

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Libreville, 11 Fevrier 2026 – Chifre.info

Gabon, la question s’invite régulièrement dans le débat public : faut-il prioriser l’urgence sociale ou accélérer les investissements dans les infrastructures ? Derrière cette opposition en apparence simple se cache en réalité un choix stratégique plus complexe pour un pays en quête de transformation économique.

Dans les quartiers populaires comme dans les cercles d’affaires, la formule « on ne mange pas les immeubles » traduit une inquiétude bien réelle. Chômage persistant, coût de la vie élevé, fragilités du système de santé et de l’éducation : pour de nombreux Gabonais, les grands chantiers engagés ou annoncés semblent parfois déconnectés des priorités immédiates.

Cette défiance s’enracine dans une histoire économique marquée par la rente pétrolière. Pendant des décennies, les recettes issues des hydrocarbures ont permis à l’État de financer des politiques sociales et un niveau de vie relativement élevé à l’échelle régionale. Mais la volatilité des prix et l’épuisement progressif des ressources ont mis en lumière les limites de ce modèle.

Face à cela, les autorités et une partie des économistes défendent une autre lecture : sans infrastructures modernes – routes, énergie, eau, numérique, ports – difficile d’attirer les investissements privés, de soutenir l’industrialisation ou de créer massivement des emplois. Autrement dit, sans base productive solide, la redistribution sociale reste fragile.

Le social, une ambition coûteuse

Car financer durablement les salaires des enseignants et des soignants, moderniser les hôpitaux, améliorer les écoles ou élargir la protection sociale suppose des ressources stables. Dans une économie peu diversifiée, la marge de manœuvre budgétaire demeure limitée.

Pour de nombreux analystes, le véritable enjeu réside donc moins dans le choix entre social et infrastructures que dans leur articulation. Les investissements doivent générer de la valeur ajoutée locale, soutenir les PME nationales et réduire les coûts structurels – transport, énergie, logistique – qui freinent la compétitivité.

À défaut, le risque est double : des projets perçus comme élitistes d’un côté, et des politiques sociales difficilement soutenables de l’autre.

Un équilibre politique délicat

Le débat met en lumière une tension classique des économies en transition : répondre aux urgences sociales tout en préparant l’avenir. Trop privilégier le court terme peut hypothéquer la capacité future de l’État à financer le social. À l’inverse, miser exclusivement sur des retombées économiques différées peut nourrir frustration et contestation.

Au Gabon, où la diversification économique est régulièrement présentée comme une priorité stratégique, la réussite passera sans doute par un compromis : protéger les plus vulnérables tout en investissant dans des secteurs capables de créer de l’emploi et d’élargir l’assiette fiscale.

En définitive, le dilemme « nourrir ou bâtir » apparaît moins comme un choix exclusif que comme un défi d’équilibre. Car dans une économie en mutation, la question n’est pas seulement de construire ou de redistribuer, mais de savoir comment l’un peut durablement financer l’autre.

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