Libreville, 9 Mai 2026 – CHIFRE.INFO
La journée mondiale de la liberté de la presse n’a pas seulement donné lieu à une cérémonie protocolaire. Elle a surtout remis au centre du débat une question sensible : jusqu’où peut aller la liberté d’informer dans un contexte où les médias restent confrontés aux impératifs d’éthique, aux contraintes économiques et aux mutations technologiques ?
Célébrée en différé à la Maison Georges Rawiri, siège de Radio Gabon et Gabon Télévision, l’édition 2026 a réuni journalistes, responsables de médias, étudiants en communication et membres du gouvernement autour du thème : « Façonner un avenir pour la paix ». Une formule qui, au-delà du symbole, traduit la volonté des autorités de repositionner la presse comme acteur de stabilité démocratique.
Prenant la parole devant un parterre de professionnels des médias, le ministre de la Communication et des Médias, Germain Biahodjow, a rappelé la ligne défendue par l’exécutif gabonais : garantir une presse libre, mais encadrée par les principes de responsabilité professionnelle. Pour le membre du gouvernement, la liberté de la presse ne peut être dissociée du respect de l’éthique, de la déontologie et des lois en vigueur.
Derrière ce discours institutionnel, les préoccupations du secteur restent nombreuses. Le représentant résident de UNESCO au Gabon, Patricio Zambrano Restrepo, a notamment insisté sur deux défis majeurs : la fragilité économique des médias et l’impact grandissant de l’intelligence artificielle sur les pratiques journalistiques. Deux réalités qui redessinent progressivement le paysage médiatique africain.
Autre sujet ayant alimenté les discussions : le dernier classement mondial de Reporters sans frontières. Le Gabon y perd deux places et se retrouve au 43e rang mondial en matière de liberté de la presse. Une baisse jugée préoccupante par plusieurs professionnels du secteur.
Au nom de la corporation, le journaliste Brice Ntoutoume a appelé les autorités à « rectifier le tir », estimant que ce recul doit servir d’alerte pour renforcer les garanties accordées aux médias. Il a également rappelé les attentes persistantes des professionnels concernant l’adoption du statut particulier du communicateur et la révision annoncée du Code de la communication.
Cette commémoration intervient par ailleurs dans un contexte symbolique fort : les 33 ans de la Déclaration de Windhoek, texte fondateur qui affirmait qu’aucune démocratie ne peut exister sans une presse libre, pluraliste et indépendante.
Au Gabon comme ailleurs sur le continent, le débat reste donc entier : comment protéger les journalistes et garantir leur indépendance tout en exigeant une information responsable dans un environnement médiatique en pleine mutation ?



