Libreville. 6 Juin 2026 – CHIFRE.INFO
Six ans après avoir dépénalisé l’homosexualité, le Gabon pourrait faire marche arrière. Un projet de loi modifiant certaines dispositions du Code pénal est actuellement examiné par la Commission des Lois, des Affaires Administratives et des Droits de l’Homme de l’Assemblée nationale. Au cœur du texte, la réintroduction de sanctions pénales visant les relations sexuelles entre personnes de même sexe et la promotion de celles-ci.
Selon les dispositions envisagées, l’article 212 du Code pénal serait profondément remanié. Le projet prévoit notamment que le fait d’entretenir des relations sexuelles avec une personne du même sexe soit à nouveau qualifié d’infraction pénale. La nouveauté réside également dans l’introduction d’une sanction visant « l’apologie » ou la « publicité » de l’homosexualité.
Si le texte est adopté en l’état, les contrevenants pourraient encourir jusqu’à cinq années d’emprisonnement ainsi qu’une amende pouvant atteindre 10 millions de francs CFA. Une orientation qui traduit la volonté des pouvoirs publics de renforcer l’arsenal juridique relatif à la protection des mœurs.
Une réforme portée par un contexte sociétal particulier
Cette initiative législative intervient dans un contexte marqué par une forte sensibilité de l’opinion publique sur les questions de société. Au Gabon, de nombreuses organisations religieuses, autorités coutumières et associations estiment que l’homosexualité demeure incompatible avec les valeurs culturelles et traditionnelles du pays.
Le sujet avait déjà été évoqué lors du Dialogue National Inclusif, dont plusieurs recommandations ont inspiré les réformes institutionnelles engagées depuis l’avènement de la Cinquième République. La récente consécration constitutionnelle du mariage comme union entre un homme et une femme est perçue par certains observateurs comme un signal fort de cette orientation conservatrice.
Des interrogations sur les conséquences internationales
Au-delà du débat national, cette réforme pourrait susciter des réactions au sein de certains partenaires du Gabon. Plusieurs organisations internationales et partenaires au développement accordent une importance croissante à la protection des droits des minorités et aux principes de non-discrimination.
Des observateurs évoquent notamment d’éventuelles répercussions sur certains mécanismes de coopération économique et diplomatique. Toutefois, pour les partisans du projet, la préservation des valeurs nationales et de la souveraineté culturelle demeure une priorité qui ne saurait être subordonnée aux pressions extérieures.
Un débat qui divise
Alors que l’examen du texte se poursuit au Parlement, le débat continue d’animer la société gabonaise. Entre défense des traditions, respect des libertés individuelles et enjeux diplomatiques, la future décision des députés pourrait marquer un tournant majeur dans l’évolution du droit pénal gabonais.
L’adoption ou le rejet de cette réforme sera suivie avec attention tant sur le plan national qu’international, tant les questions qu’elle soulève touchent aux fondements mêmes de l’identité culturelle, juridique et politique du pays.



