Alors que la crise qui secoue l’Éducation nationale gabonaise continue d’alimenter le débat public, une interrogation s’impose : qui protège réellement les apprenants ? Déclenchée il y a plusieurs semaines, la grève des enseignants n’a toutefois pas entraîné une rupture totale du dialogue entre les partenaires sociaux et les autorités.
Concertations et négociations ont ainsi permis l’élaboration de deux protocoles d’accord. Un troisième texte, présenté comme un « protocole d’accord consolidé », est désormais attendu pour acter la suspension du mouvement. Destiné à préciser les engagements des différentes parties et leurs modalités de mise en œuvre, ce document, bien que consensuel dans son principe, n’a toujours pas été signé.
Le blocage tient à un point précis : l’article 6. Celui-ci subordonne l’application des engagements gouvernementaux à la réalisation d’un audit du fichier matricule des enseignants, d’un audit des vacations liées aux examens nationaux, ainsi qu’au non-paiement des vacations entachées de doublons. Une condition jugée sensible dans un contexte social déjà sous forte tension.
Les enjeux financiers sont loin d’être marginaux. L’État a déjà déboursé 13 milliards de FCFA pour le paiement des vacations. Or, plusieurs irrégularités ont été signalées. La réglementation est pourtant claire : un enseignant ne peut corriger plus de 300 copies.
La rémunération est fixée à 5 000 FCFA pour trois copies, soit environ 1 666 FCFA par copie, ce qui plafonne théoriquement les vacations à 500 000 FCFA par correcteur.
Dans les faits, certains montants versés dépasseraient largement ce plafond. L’audit envisagé pourrait ainsi révéler des dysfonctionnements structurels : paiements en doublon, bénéficiaires fictifs, voire agents décédés toujours inscrits sur les listes de paiement. Plus sensible encore, il pourrait conduire certaines institutions, voire des personnalités, à devoir justifier les sommes perçues lors des examens nationaux.
En attendant, les discussions se poursuivent. Un nouveau calendrier scolaire a été mis sur la table afin d’éviter une année blanche. Mais une question demeure : jusqu’où les autorités sont-elles prêtes à aller pour faire toute la lumière sur les vacations, au risque de rouvrir des plaies longtemps refermées ?



