Libreville, 5 Mars 2026 – chifre.info
Gabon, la question des branchements frauduleux au réseau électrique continue d’alimenter le débat public. Alors que le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a demandé la publication de la liste des 2 860 branchements illégaux identifiés sur le réseau de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG), la communication du ministre de l’Accès universel à l’eau et à l’énergie, Philippe Tonangoye, suscite interrogations et controverses.
Une instruction présidentielle toujours attendue
Lors d’une audience spéciale récemment accordée par le chef de l’État, en présence notamment du vice-président du gouvernement et du ministre de la Défense nationale, une instruction claire avait été donnée : rendre publique la liste des personnes identifiées comme étant connectées illégalement au réseau électrique.
Selon la présidence, cette démarche vise à lutter plus efficacement contre la fraude, un phénomène qui fragilise les finances de la SEEG et contribue aux difficultés d’approvisionnement en électricité dans plusieurs régions du pays.
Mais plusieurs jours après cette annonce, la publication détaillée de cette liste reste attendue par l’opinion.
Une communication qui interroge
Entre-temps, certaines déclarations du ministre Philippe Tonangoye sur la chaîne publique Gabon 1ère ont suscité l’incompréhension.
Le membre du gouvernement a évoqué l’existence de branchements directs dans plusieurs localités du pays, notamment Booué, Iboundji, Kango, Omboué, Koulamoutou, Libreville, Dienga, Cocobeach, Pana ou encore Bikélé-Nzong et certaines cités d’Akanda.
Mais le ministre a également cité des casernes des sapeurs-pompiers et de la Garde républicaine parmi les structures ne payant pas leur consommation d’électricité.
Une affirmation qui a rapidement fait réagir certains observateurs. Dans la plupart des États, les infrastructures militaires et sécuritaires relèvent en effet du patrimoine public, et leurs charges de fonctionnement dont l’électricité sont généralement couvertes par le budget de l’État. Assimiler ces situations à des cas de fraude pourrait donc relever d’une confusion entre consommation publique et branchement illégal.
Un débat qui se déplace
Résultat : le débat public semble s’être déplacé. Plutôt que de se concentrer sur l’identification des fraudeurs et les mesures à prendre pour endiguer les branchements illicites, l’opinion s’interroge désormais sur la nature exacte des consommations évoquées et sur la stratégie de communication adoptée par les autorités.
Certains analystes évoquent même, à demi-mot, la célèbre formule attribuée à Charles Pasqua :« Quand on est embêté par une affaire, il faut susciter une affaire dans l’affaire… jusqu’à ce que personne n’y comprenne plus rien ».
La question sensible de Booué
Autre point qui alimente les commentaires : la mention de la ville de Booué parmi les localités bénéficiant d’électricité gratuite. Une situation d’autant plus sensible que le ministre Philippe Tonangoye est originaire de cette localité.
Certains analystes politiques s’interrogent donc sur la pertinence d’une telle communication. S’agit-il d’informations sorties de leur contexte ou d’une tentative de minimiser certaines responsabilités ?
Pour l’heure, aucune clarification officielle n’a été apportée sur la liste précise des fraudeurs identifiés ni sur la distinction entre consommations publiques et branchements illégaux.
Un enjeu stratégique pour la SEEG
Cette polémique intervient dans un contexte délicat pour la Société d’énergie et d’eau du Gabon, engagée dans un processus de redressement.
Depuis mai 2025, l’entreprise est dirigée par son administrateur-directeur général, Steeve Saurel Legnongo, chargé de tourner la page de l’administration provisoire et de mettre en œuvre le plan stratégique 2025-2028. Ce programme prévoit notamment la modernisation des infrastructures, l’amélioration de la qualité de service et la réduction des pertes techniques et commerciales.
Dans ce contexte, la publication effective de la liste des fraudeurs apparaît comme une étape cruciale pour restaurer la crédibilité de la lutte contre les branchements illicites.
Car au-delà de la polémique politique, l’enjeu reste majeur : garantir la viabilité financière de la SEEG et assurer un accès fiable à l’eau et à l’électricité pour l’ensemble des Gabonais.



