Libreville, 21 Mars 2026 – chifre.info
La rumeur avait d’abord été perçue comme une mauvaise plaisanterie. Jusqu’à ce que les premières images apparaissent. Un individu dénudé, debout au bout de la passerelle du Lycée Paul Indjendjet Gondjout, ancien Lycée d’État de l’Estuaire. Si ses motivations demeurent inconnues, la scène illustre un profond malaise, voire un acte de désespoir.
Que se passe-t-il en République gabonaise ?
La question, posée sur un ton ironique par Bienvenue Ntoutoume Nziengui, alias Chocolat des filles, prend aujourd’hui une résonance particulière. Les actes de détresse se multiplient chez les jeunes, révélant un mal-être grandissant. Certains évoquent l’influence de la drogue, mais le drame de Léon Mba a déjà montré que les stupéfiants servent souvent de prétexte pour stigmatiser une jeunesse en réalité incomprise.
Quelle place pour les jeunes dans une gérontocratie ?
La question mérite d’être posée. Les nouvelles autorités, qui se présentent comme les artisans du changement, du mieux-être et de la justice sociale, semblent en décalage avec leurs promesses. La jeunesse, loin d’être valorisée, apparaît sacrifiée.
De nombreux jeunes sont contraints d’abandonner leurs études pour soutenir leurs familles plongées dans la précarité. « La voie des concours ne sourit qu’à ceux qui sont bien nés », déplore Aymar, illustrant un sentiment largement partagé.
Entre népotisme et désillusion
La réouverture des concours administratifs n’a pas suffi à restaurer la confiance. Les pratiques décriées de l’ancien régime népotisme, favoritisme, arrangements refont surface. Autant de dérives qui nourrissent le désenchantement d’une jeunesse en quête d’équité.Face à ce blocage, certains jeunes se tournent vers des échappatoires : drogue, délinquance, sexualité à risque. Mais réduire leur mal-être à ces comportements serait une erreur d’analyse.
Un cri d’alerte générationnel
Pourquoi en venir à envisager le pire ? Peut-on réellement parler de folie collective chez ces jeunes à l’aube de la trentaine ? Une telle lecture serait simpliste.Il s’agit plutôt d’un signal d’alarme. Celui d’une génération formée, diplômée masters, licences, DUT, DTS mais privée d’opportunités.
Dans un pays où le travail existe, mais où l’emploi reste inaccessible, le rêve d’insertion professionnelle s’effondre.Avec un taux de chômage dépassant les 40 %, la frustration est immense. Le Gabon semble produire des diplômés… pour le chômage.
Entre responsabilité collective et sursaut individuelSi les autorités sont interpellées, la jeunesse elle-même est appelée à réagir. Se résigner ou sombrer ne peut être une solution. Le suicide n’a jamais été une issue.Il devient urgent de redonner espoir, de reconstruire un système plus juste et de restaurer la confiance entre l’État et sa jeunesse.



