Taxe d’habitation et SEEG : un choix controversé qui interroge.

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Libreville, le 14 décembre 2025 | Temps de lecture : 1 min

La récente décision des autorités gabonaises d’instaurer une taxe d’habitation soulève de nombreuses interrogations au sein de l’opinion publique. Selon les modalités annoncées, l’État prélèvera cette taxe auprès de chaque citoyen et confiera l’opération à la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG), une entreprise déjà au centre de multiples controverses financières.

Une entreprise sous polémique chargée d’une mission sensible

Les autorités ont choisi la SEEG pour assurer le prélèvement de cette taxe, un choix qui suscite de vives interrogations. L’entreprise apparaît régulièrement dans des affaires de scandales financiers présumés, notamment des accusations de détournements de fonds, d’existence de sociétés fictives et de mise en place de sociétés écrans impliquant de hauts responsables.

Malgré la gravité de ces accusations, la justice n’a engagé aucun procès à ce jour et n’a établi aucune responsabilité officielle. Dans ce contexte, confier à la SEEG la gestion d’un nouvel impôt apparaît, pour de nombreux observateurs, comme un paradoxe. Comment l’État peut-il charger une société soupçonnée de graves dysfonctionnements financiers de collecter une taxe publique sans avoir au préalable clarifié sa propre gestion ?

Une taxe socialement aveugle ?

Au-delà du choix de l’opérateur, la conception même de la taxe d’habitation pose question. Les autorités n’ont communiqué aucune information claire sur une éventuelle étude d’impact social, notamment sur les conséquences pour les populations les plus vulnérables.

Comment justifier qu’un citoyen aisé, installé dans un quartier résidentiel, paie le même montant qu’un Gabonais vivant sous le seuil de la pauvreté ? Comment admettre qu’un locataire supporte la même charge fiscale que le propriétaire de son logement, alors que leurs réalités économiques diffèrent profondément ?

Ces interrogations mettent en lumière l’absence apparente de progressivité et d’équité dans le dispositif envisagé.

Un projet insuffisamment mûri

L’accumulation de ces zones d’ombre donne l’impression que les autorités n’ont pas suffisamment mûri le projet. En l’absence de mécanismes de différenciation sociale, de garanties de transparence dans la collecte et de précisions sur l’affectation des fonds, la taxe d’habitation risque d’accentuer les inégalités au lieu de soutenir le développement national.

Comme souvent, les couches les plus défavorisées de la population pourraient en supporter la charge la plus lourde.

Une réforme à repenser

Si l’État gabonais doit mobiliser davantage de ressources internes, il ne peut le faire au détriment de la justice sociale et de la confiance des citoyens. Une réforme fiscale efficace exige de la transparence, de l’équité et des institutions crédibles pour en assurer l’application. À défaut, la taxe d’habitation pourrait devenir un symbole supplémentaire du fossé entre les décisions publiques et les réalités vécues par les populations.

Par Noeline Joyce

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